La traite des Noirs remonte à la nuit des temps pharaoniques, mais celle dont je vais vous parler est d'une autre nature.
Celle dont je parle est le trafic des esclaves de la côte de l'Afrique expédiés vers les colonies d'Amérique essentiellement et, pratiquée par les Européens du XVIème au XIXème siècle. Elle a pour but d'amasser de l'argent grâce au travail des esclaves, de construire de belles colonies avec la sueur et le sang des captifs.
Le début de la traite négrière atlantique organisée par l'Europe date de 1441, lorsque des navigateurs portugais ramènent les premiers esclaves nègres au Portugal. La traite a été abolie au XIXème siècle, petit à petit, par tous les pays d'Europe et d'Amérique mais l'utilisation d'esclaves perdura dans le Monde, d'abord légalement puis clandestinement jusqu'à aujourd'hui.
Le commerce triangulaire
Au XVIIe siècle, les Européens découvrent les plantes américaines : le cacao, dont on tire le chocolat, et le tabac arrivent pour la première fois en Espagne au XVIe siècle. Les Européens introduisent en Amérique la canne à sucre et le coton. Toutes ces plantes ne poussent que sous un climat tropical (c'est-à-dire chaud toute l'année). Les Antilles et les Caraïbes vont par conséquent se spécialiser dans l'économie de plantation. Des esclaves africains remplaceront les Amérindiens morts de maladies et d'épuisement.
Au XVIIIe siècle, le commerce entre les trois continents bordés par l'Océan Atlantique connaît un grand essor. Les navires partaient des ports d'Europe de l'Ouest pour rejoindre les côtes africaines. Diverses marchandises étaient entassées dans leurs cales : des armes à feu, des pièces de tissus, des verroteries, des ustenciles ou de l'alcool. Ils faisaient escale dans les comptoirs africains tels que celui de Gorée au Sénégal. Là, ils échangeaient les produits européens contre des esclaves noirs. Ils étaient capturés lors de guerres ou de raids à l'intérieur des terres, par les Européens ou par les chefs africains. La rumeur disait que les Blancs buvaient le sang des Noirs. Une fois achetés, leur traversée vers l'Amérique commençait alors : l'éloignement de la côte provoquait parfois des suicides collectifs.
Les traitements réservés aux esclaves
Comme nous l'avons vu plus haut, dès le début de la traite, les esclaves étaient considérés comme du bétail, de la marchandise. Il n'y avait aucune pitié, aucune compassion à leur égard, et cela durait souvent toute leur vie. En effet, après la vente, leur calvaire n'était pas terminé. Les esclaves rejoignaient l'habitation du maître et se voyaient attribuer une " Case ". Ces cases faites en bois et en torchis ne dépassaient pas 18 mètres carrés dans lesquels s'entassait toute la famille. Il n'y avait aucun mobilier et le plancher servait souvent de lit. Les conditions d'hygiène étaient donc désastreuses et de ce fait, des maladies nombreuses.
La nourriture des esclaves était essentiellement composée de bananes, de riz, d'ignames et rarement de viande. Elle n'était donc pas adaptée à un travail lourd.
Une fois l'an, les esclaves recevaient quelques vêtements et deux paires de chaussures avec lesquelles ils devaient passer l'année.
Le travail des esclaves se faisait dans l'exploitation agricole du maître. Les journées de labeur étaient épuisantes, commencées tôt, finies tard, juste entrecoupées de quelques pauses et n'ayant que le dimanche de congé. Aussi bien les femmes enceintes que les enfants à partir de 10 ans devaient se livrer à cette tâche difficile. L'encadrement des esclaves était assurée par un intendant choisi par le maître, pour garantir un maximum de rentabilité et de profit. Son autorité sur les esclaves n'était pas limitée à la direction du travail mais s'étendait au contexte général des Noirs. Il était chargé des tâches policières et pouvait punir les esclaves lorsqu'il le jugeait nécessaire.
Au point de vue familial, le mariage entre esclaves n'existait pas légalement et les familles risquaient à tout moment d'être disloquées par la vente décidée par leur maître pour une quelconque raison (partage d'héritage, besoin d'argent, échanges...), séparant les maris des femmes, les enfants des parents.
Les maîtres enseignaient leur religion aux esclaves mais cachaient une partie du message de l'Évangile, celle qui concerne la grâce et l'accès au paradis. En effet, pour les maîtres, les esclaves étaient exclus de la miséricorde divine.
Les esclaves ne savaient ni lire ni écrire car, pour les maîtres, un esclave instruit est un esclave dangereux
Les esclaves étaient dépourvus de tout droit comme par exemple, celui d'être propriétaire. Notons toutefois à ce sujet, qu'un Code Noir fut édité au XVIIes, servant de règlement aux maîtres pour la discipline et le commerce des esclaves. Ce code accorda l'humanité morale et religieuse aux esclaves.
Les maîtres avaient tous les droits et avaient toujours raison, ils dirigeaient la vie de ses esclaves à tous points de vue en décidant de leur avenir, de leur religion, en leur interdisant de parler de leur pays. Ils étaient en effet les seuls à pouvoir décider de libérer un esclave ou non. Pire, ils pouvaient à tout moment infliger à leurs esclaves, s'ils le considéraient juste ou simplement par excès de mauvaise humeur, des punitions atroces et diverses : allant du fouet à la castration en passant par la mutilation. Ainsi un esclave pouvait se voir couper les deux jambes pour avoir fui un travail au-dessus de ces forces. La seule limite, souvent, consistait dans la préservation d'une ressource. Il fallait donc punir mais en veillant à trouver l'équilibre entre la sanction dissuasive et le maintien d'un outil en état de marche. Ce fut surtout vrai au XIXes, lorsque, la traite étant devenue interdite, il fallut se limiter au "cheptel" dont on disposait sur place.
Tant d'exemples cités ci-dessus prouvent que pour les maîtres, un esclave n'était pas vraiment un homme mais plutôt une "chose" qu'on détaillait dans les inventaires parmi les bêtes à cornes, qu'on achetait ou revendait.
En fait, l'esclave était considéré comme un outil de travail, qu'on punissait s'il ne donnait pas satisfaction, dont on se débarrassait quand il était trop indiscipliné, tout en le ménageant car il représentait un capital précieux. Il pouvait ainsi être récompensé quand il dépassait les normes exigées car, pour les maîtres, c'était comme ça qu'il fallait agir avec des êtres réputés inférieurs
Conclusion
Ce travail montre les horreurs et les nombreux effets néfastes de la traite d'êtres humains : la vie d'un esclave ne représentait en effet rien aux yeux d'un maître qui , tant que dura le trafic, pouvait s'en procurer dix autres.
Au 21ème siècle, l'esclavage est officiellement aboli dans tous les pays mais il existerait encore environ 100 millions d'esclaves dans le monde, ce qui représente probablement le plus haut chiffre jamais atteint (source: rapport del' Anti Slavery International). On le trouve en Afrique (Bénin, Togo, Ghana, Mauritanie...), en Amérique Centrale (Haïti, République Dominicaine...), Amérique du Sud (Brésil et Pérou), Asie (Thaïlande, Inde, Philippines...). Les modalités et les raisons sont variées : en épurement d'une dette, en travail forcé suite à un délit ou pour mettre en valeur des terrains en friche, comme main d'oeuvre sans salaire pour les enfants pauvres, comme résultat de guerres tribales ou encore comme outil privilégié de conversion idéologique.
Pratiquement chaque semaine, les journaux parlent d'êtres humains, issus du Sud, victimes d'un trafic odieux. Leur carte d'identité retirée, sans autorisation de séjour, ces gens n'existent plus. Ils sont donc taillables et corvéables à merci et ne peuvent sortir de l'enfer qui est devenu leur quotidien.